Cultures et utilisation des média sociaux

Tisser du lien par les média sociauxExiste-t-il une culture des média sociaux au-delà des frontières ? Peut-on dire qu’elle est universelle ?

Aujourd’hui, pour « rester dans le coup », il est difficile d’échapper aux média sociaux.

Au-delà des plus connus, il existe en fait pléthore de plateformes. Certaines sont très spécialisées, comme Flick’r pour la photo, youtube pour la vidéo, slideshare pour des présentations Powerpoint, couchsurfing pour l’hébergement collaboratif. D’autres sont personnalisables, au niveau de la forme ou du fond, comme les blogs et les wiki pages (voir l’article Communiquer en équipe virtuelle : suivez les fourmis).

Contrairement à une idée répandue, ces média ont une utilité aussi bien au niveau professionnel que dans la sphère privée. En tous cas, ils ont tous un même objectif : partager des actualités de manière pratique et rapide.

Certes, les médiaux sociaux les plus utilisés au niveau mondial sont américains. Cependant, d’autres pays détiennent leurs propres plateformes sociales.

Des outils  et des variantes spécifiques selon les pays :

  • Par pays : le français Viadeo, réseau social professionnel, le service de micro-blogging chinois Weibo.
  • Par zone géographique : Xing, à l’origine allemand, est répandu en Europe du Nord et centrale.
  • Variante pays : en Inde, Viadeo a racheté Apna Circle, et a dû être adapté, avec la possibilité d’insérer son signe astrologique.

En effet, l’interface et le design sont révélateurs de la culture de la société qui propose les services de mise en relation, partage d’informations, blogging, etc. Ainsi, la photo du profil est exclusivement en noir et blanc sur Xing, pour conserver un certain formalisme et conférer une impression de sérieux.

De la même manière, la hiérarchisation des informations varie. Par exemple, toujours sur Xing, le diplôme apparaît juste en dessous du nom dans le profil. De plus, on annonce très clairement la couleur dès le début : les rubriques « je propose/je recherche », apparaissent avant la présentation de son parcours professionnel. Sur Viadeo, diplômes et expériences professionnelles sont mélangés, car l’ordre chronologique prime. LinkedIn est plus flexible, avec la possibilité de personnaliser l’ordre d’apparition des rubriques.

Par ailleurs, sur des outils identiques, il existe des usages différents :

  • Aux Etats-Unis et Royaume-Uni, la notion d’identité numérique (« digital branding ») est très présente. Il est important de développer sa « visibilité » sur le web, de « se mettre en avant », et les média sociaux sont un bon moyen d’effectuer son propre marketing. Cette tendance tend à se développer ailleurs, notamment en France, mais ce n’est pas un réflexe naturel.
  • La frontière entre vie professionnelle et privée n’est pas la même selon les pays. Ainsi, en France, le développement de son identité numérique reste cantonné avant tout à la vie professionnelle. La distinction entre ces deux sphères est beaucoup moins nette aux Etats-Unis. « Je suis en train de faire mes bagages pour partir au Mexique », a publié un ami américain, avec moult détails sur la composition de son sac à dos. Nous savons tout à l’instant même. Parfois, cela va même jusqu’à la diffusion en temps réel de vidéo sur le net (Ustream). Cependant, n’oublions pas que ce type d’outil peut être précieux dans un contexte professionnel, par exemple pour visionner de chez soi ou par la suite la vidéo d’une conférence. A condition bien sûr de demander auparavant si le présentateur et les participants sont d’accord. D’ailleurs, de plus en plus d’organisateurs d’événements le font eux-mêmes.

    Le terme « ami » sur Facebook a quelque peu évolué. On peut être « ami » avec des collègues ou communiquer avec ses clients. Il existe des sociétés qui s’en sont inspirées pour créer leur propre réseau social et l’utiliser comme outil de gestion de la relation client (CRM, Customer Relationship Management). Par exemple, j’ai rencontré le responsable commercial d’une agence immobilière française, qui informe ses clients des nouveaux biens à louer et à vendre sur sa propre plateforme. Lorsqu’un client pose une question, tous profitent de la réponse et c’est un gain de temps.
  • Dans certains pays, comme en Allemagne, le partage d’informations personnelles est perçu comme du voyeurisme. Il inspire également la peur d’être contrôlé. Je crois que je n’oublierai jamais l’intervention d’un Allemand, lors d’une formation à l’APEC sur Viadeo, qui était prêt à s’inscrire sur la plateforme, mais ne voulait pas publier son profil…quel est alors l’intérêt ?

    Beaucoup de Français sont encore méfiants vis à vis des réseaux sociaux. Cette attitude se conçoit parfaitement. Ce qui peut questionner plus, c’est la raison pour laquelle certains créent un profil, mais inventent un nom et partagent une photo de chapeau, voire pas de photo du tout.
    Sur les réseaux sociaux professionnels, ces personnes masquées sont parfois perçues comme des espions par les autres membres, car elles partagent un minimum d’informations sur elles-mêmes mais utilisent ces plateformes pour faire de la veille ou sélectionner des candidats au recrutement. Une participante de conférence sur les réseaux sociaux s’est exprimée en ce sens : « si on s’inscrit, on joue le jeu. Ce qui est important, c’est la réciprocité. »

Ces diverses approches ne sont pas une question de culture pays, mais de génération, me direz-vous ?

Il est vrai que la génération Y utilise plus volontiers ces outils. Comme cela lui est plus facile, elle en voit le côté pratique. Ainsi, mes étudiants créent des groupes fermés sur Facebook pour se répartir les tâches, échanger des questions et se tenir au courant de leurs avancées lors de travaux à plusieurs.

Pourtant, d’autres générations utilisent les réseaux sociaux, par exemple lorsque leur famille est éloignée pendant les études ou pour raison professionnelle. Certains grands-parents communiquent ainsi avec leurs petits enfants. Selon le témoignage d’une collègue, en Inde, Facebook est très utilisé dans les familles, quelle que soit la génération.

Autrement dit, les particularismes culturels sur les réseaux sociaux ont encore de beaux jours devant eux. A mon sens, il n’y pas de réelle uniformisation, mais une plus grande proximité, même si elle reste superficielle. C’est une manière de tisser du lien même éloigné.

Dans une équipe à distance, ces outils ont également leur utilité. J’ai ainsi vu les salariés d’un organisme de formation international créer un blog dans chaque implantation locale pour partager leurs projets, réalisés et à venir. Non seulement cette démarche rapproche, mais elle renforce également l’identité de l’équipe et le sentiment d’appartenance.

Votre rédactrice suivant la pause estivale « à la française », le prochain article sera publié le 13 septembre. Bel été à tous !

photo sous licence creative commons – auteur : dalbera

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