Entrez dans la matrice… sans vous y perdre !

TransAptitudes : MatriceLes équipes virtuelles confrontées aux défis du management matriciel : quelle visibilité et quel partage des responsabilités ? Quelle articulation entre priorités locales et globales ?

Le management matriciel, qu’est-ce que c’est ?
Les multinationales opérant sur toute la planète ont le plus souvent adopté un management matriciel. Ce management mêle 3 dimensions :

1. Des équipes hiérarchiques
2. Des équipes métier
3. Des équipes projet

Pour une présentation d’ensemble de ces différents types d’équipes, vous pouvez également l’article Les équipes virtuelles en 3D, de ce blog.

Pour commencer, rien de mieux qu’un exemple :

Dans ma carrière de salariée à l’international, j’ai appartenu à l’équipe Produit de la filiale française d’une société américaine. Cette équipe était composée :

  • d’un manager,
  • d’un ingénieur chargé de l’ajustement du produit au marché français,
  • d’un responsable du marketing produit,
  • d’un responsable éditorial en charge de l’adaptation du contenu du site,
  • d’un linguiste (moi), responsable de la traduction, comprenant l’adaptation culturelle du site.
    • Je “reportais” au responsable de l’équipe produit en France. Autrement dit, c’était mon manager hiérarchique. Il en allait de même pour les autres membres de l’équipe.

      Ce modèle était répliqué dans la plupart des filiales, avec plus ou moins d’effectifs en fonction du degré de développement de la marque dans le pays.

      En parallèle, j’étais rattachée à mon équipe métier, l’équipe de traduction de la maison-mère, située aux Etats-Unis. Dans cette équipe, j’avais un manager fonctionnel (dit dotted line, c’est-à-dire “ligne en pointillé”).

      Mes collègues traducteurs “dans les pays” étaient également liés à ce manager fonctionnel.

      De la même manière, les autres membres de mon équipe hiérarchique en France étaient rattachés à un manager fonctionnel à la maison mère. Et ainsi de suite dans les autres filiales.

      Comme “un bon dessin vaut mieux qu’un long discours”, voici comment peut être résumée cette organisation :

      TransAptitudes : exemple d'organisation matricielle

      Ensuite, lorsque je suis devenue responsable des traducteurs européens (leur manager fonctionnel), j’ai également géré des projets transverses. Ainsi, j’ai travaillé, par exemple, avec l’équipe Contenu européenne et les équipes de développement web en Inde et aux Etats-Unis pour améliorer l’adaptation du site en amont de la traduction.

      Or cette configuration complexe mène chaque manager et chaque collaborateur à relever d’importants défis.

      Une faible visibilité

      Comme Saint-Thomas, beaucoup ne croient que ce qu’ils voient.
      C’était le cas d’une équipe chez l’un de mes clients, société internationale dans l’informatique. Plus précisément, une traductrice coréenne était mal notée par son manager hiérarchique en Corée, alors que selon son manager fonctionnel en France, elle fournissait un travail très efficace. Il a donc fallu la former à promouvoir auprès de ses collègues locaux les travaux qu’elle réalisait à distance.

      Autre adage : loin des yeux, loin du cœur

      C’est humain, la tendance est à favoriser les relations avec les personnes du même site, tout simplement parce qu’elles sont plus aisées. Par voie de fait, les relations à distance sont plus distendues et la confiance moins grande. Ainsi en a témoigné une cliente qui est passée d’une équipe européenne dans sa société d’e-commerce, à la maison-mère américaine. “Avant, pour moi, “les méchants”, c’étaient les Américains, maintenant, ce sont les Européens…”

      Clarification des responsabilités indispensable

      Dans ce contexte, la répartition des responsabilités entre les deux différentes lignes hiérarchiques doit être très formalisée. Une bonne entente entre les deux managers est primordiale. Ceci étant, il ne s’agit pas que d’un jeu de personnalités.

      La problématique repose souvent sur les différences de priorités : celles des équipes locales (filiales) et celles des équipes globales (maison-mère). Ainsi, un stagiaire de formation allemand m’a raconté que sa filiale était concentrée sur la qualité de ses produits, alors que la maison-mère voulait livrer à son client au plus vite. L’équipe globale “l’a emporté”.

      Par ailleurs, au sein de ces équipes multiculturelles croisées, la perception de la hiérarchie varie selon les cultures. Dans les pays anglophones et du Nord de l’Europe, la distance hiérarchique est faible et une large autonomie est accordée aux collaborateurs, à condition qu’ils remplissent des objectifs précis. En revanche, dans d’autres pays comme la France, l’Allemagne, les pays du Sud de l’Europe, la plupart des pays asiatiques et africains, cette distance est plus importante. Dans ce cas, il est plus difficile au manager de “donner la main”. Ces styles de management peuvent s’opposer, car la plupart du temps les deux lignes de management se trouvent dans deux pays différents.

      Pour reprendre l’exemple de notre traductrice coréenne, son manager hiérarchique n’entendait pas “négocier” avec le manager fonctionnel l’évaluation des résultats de sa collaboratrice. Il voulait supprimer cette seconde ligne de management pour avoir les coudées franches, surtout qu’il n’en voyait pas l’utilité.

      Articulation local/global

      Ceci dit, ces deux lignes hiérarchiques peuvent permettre d’équilibrer le temps et les ressources dédiés aux différentes priorités. Comme on l’a vu, elles peuvent aider à faire reconnaître le travail à distance, désigné comme “invisible” et préserver de l’isolement les “collaborateurs virtuels”.

      Elles permettent également :

      • À la maison-mère de mieux connaître les réalités locales et de les articuler avec sa stratégie d’ensemble. Elle peut ainsi se concentrer sur les sujets “corporate” transverses.
      • Les filiales, quant à elles, peuvent adapter à leurs contraintes et spécificités les produits, ainsi que le marketing, et être proches de leurs partenaires commerciaux.
      • En ce qui concerne les équipes projet, elles permettent de réunir des expertises, en allant les chercher où elles se trouvent, et ainsi elles décloisonnent le fonctionnement de l’entreprise.

      photo sous licence creative commons – auteur : NightRStar

Une réflexion au sujet de « Entrez dans la matrice… sans vous y perdre ! »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *