Apprendre et former à distance

Learning and socializing on the beachAprès ma visite annuelle au Salon de l’e-Learning la semaine dernière, j’ai eu envie de revenir sur ce sujet. On y a beaucoup parlé du fameux E-learning 2.0 et du Digital Learning. L’e-learning des années 2000 est-il dépassé ? Retour sur ces concepts, leurs implications et leurs possibilités.


Loin de moi l’idée d’être exhaustive, mais n’êtes-vous pas perdu dans l’univers de la « FOAD » (formation ouverte et à distance) ?

L’e-learning, qu’est-ce que c’est ?
Tout simplement, il s’agit de la formation en ligne. Elle regroupe l’ensemble des solutions permettant l’apprentissage par des moyens électroniques.

Pourquoi cet engouement pour l’e-learning ?
Aujourd’hui, de nombreux salariés et indépendants ont des activités qui les amènent à être nomades. Beaucoup ont pris l’habitude d’aller chercher les informations dont ils ont besoin quand ils le souhaitent.

Du côté de l’apprenant : Comment apprendre à distance ?

Dans ce contexte, la concentration est moins longue (elle est de 5 minutes consécutives maximum, ainsi que je l’explique à l’article Réussir vos réunions à distance : mémo), avec diverses sollicitations extérieures. Il importe alors de suivre certaines règles, qui sont les mêmes que lors d’une réunion à distance (cf mémo), pour éviter le « zapping ».

Par ailleurs, au premier abord, selon les pays, les métiers et les caractères, ce format peut paraître impersonnel pour des personnes ayant une culture plus orientée vers la relation que vers le résultat, mais à certaines conditions, chacun peut y trouver son compte. J’aborderai ce point dans un prochain article sur l’apprentissage à travers les cultures.

Quoiqu’il en soit, ne serait-ce que pour ces deux raisons, par rapport à des formations en présentiel, davantage d’interactions entre apprenant(s) et formateur sont nécessaires pour que les apprentissages soient ancrés.

Du côté des pédagogues : comment former à distance ?

Il existe une multitude de formats.

A l’origine, l’e-learning se réfère à l’« e-learning sur étagère », c’est-à-dire à suivre en solo, comme l’on consulte des ouvrages dans une bibliothèque. Il peut être utilisé en « self-service », s’il n’y a pas d’obligation. Pour les formations en interculturel, des dossiers pays sont proposés sous cette forme aux apprenants, qui peuvent les lire avant et après les sessions de formation en face-à-face. En entreprise, il est très prisé pour la transmission d’informations juridiques, dans les formations « compliance », car il est attendu que les salariés respectent la réglementation propre à leur métier et/ou secteur. Ces supports contiennent souvent des questions à choix multiples, qui permettent de tester sa compréhension du sujet. Mais l’on reste au niveau des connaissances.

Pour cette raison, la formation à distance a pris la forme du « blended learning », à savoir une formation mixte, alliant e-learning et formations en présentiel, avec un accompagnement du formateur sur tout le parcours. Ce dernier devient alors tuteur.

De nouveaux supports sont apparus – les smartphones et les tablettes – donnant naissance au Mobile Learning. Selon une étude CEGOS, 39 % des personnes ayant reçu une formation à distance en 2012 ont eu un module en Mobile Learning (contre 9 % en 2011). Ce phénomène a induit une nouvelle adaptation des contenus de formation, pas seulement « pour faire tenir sur un petit écran » ou prendre en compte un débit plus limité. On n’utilise pas ces outils de la même manière qu’un ordinateur, pas au même moment et surtout, l’aspect tactile change le rapport à la « machine » : il est encore plus ludique et interactif.

Pour l’apprentissage en solo, sont apparus les vidéocasts, vidéos en ligne que l’on peut visionner à sa convenance.

Il existe aussi les classes virtuelles (visioformations), dans lesquelles le formateur, voire les participants, sont visibles en vidéo.

Plus interactifs encore, les serious games, ou jeux pédagogiques. Flight Simulator est utilisé depuis longtemps par les élèves pilotes.

Tous ont un point commun : un investissement lourd en logiciels et en temps de conception (incluant de nombreux tests et d’importants volumes de traduction).

Rapid Learning
Ce format a été créé pour palier les contraintes budgétaires. Du point de vue de l’ingénieur de formation, il est rapide à concevoir, « en quelques clics » si l’on en croit les vendeurs, grâce à des outils très intuitifs (traduisez simples d’utilisation). Il prend souvent la forme de Powerpoint « adaptés » à la mise en ligne, mais ne saurait être un contenu pédagogique exhaustif. Il peut convenir pour la transmission d’informations mais nécessite un complément pour l’appropriation, qui doit être interactive.

Le Social Learning
Ce format est plus récent, au coeur de l’e-learning 2.0. Il s’agit de l’apprentissage collaboratif via les média sociaux. Il peut être encadré par un formateur, ou être à l’initiative des apprenants. Il permet dans ce cas l’apprentissage informel : les apprenants peuvent échanger des connaissances, des astuces, partager leur expérience. L’humain y reprend plus de place, et à moindre coût, contexte oblige. Pour bien fonctionner, il exige un modérateur, idéalement un expert du domaine.

Les MOOC
Massive Open Online Course, cours en ligne ouverts et massifs. Ils font partie des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE), et sont plus réservés à l’univers de l’éducation et de l’enseignement. Les participants aux cours, enseignants et élèves, sont dispersés géographiquement et communiquent uniquement par Internet. Ils peuvent être des milliers. Certains, les MOOC classiques, se limitent à la transmission de savoirs (comme l’e-learning), mais d’autres, les MOOC connectivistes, reposent sur la construction du savoir par les apprenants (ils entrent dans le social learning ou e-learning 2.0).

Petit à petit, dans les écoles supérieures et universités françaises, apparaissent les moodle, plateformes d’apprentissage en ligne, sur lesquelles sont déposés des contenus (eCours, vidéos, enregistrements audio, documents texte…) et activités pédagogiques (QCM, soumission de travaux écrits, blogs, forums, wiki…) liés aux enseignements suivis. Ceci dit, alors qu’ils existent bel et bien, ils sont encore peu utilisés par les enseignants et les étudiants, ou bien leur usage reste limité à un espace de dépôt de fichiers.

Il existe d’autres formats moins connus, qui requièrent moins de moyens de développement, et que j’utilise volontiers.

Le webatelier
Pour des raisons de concentration, il est limité dans le temps, à 1h-1h3O maximum. Pour la participation de chacun, il ne peut guère dépasser 4 personnes.

Proche de la réunion virtuelle, il en utilise les outils (voir article webconférence et vidéoconférence). Toutefois, il existe des logiciels dédiés, tels que BlackBoard Collaborate.

Le visuel y crucial. C’est pourquoi le photolangage s’y prête bien. En revanche, il vaut mieux éviter de projeter des vidéos en temps réel, et plutôt les envoyer avant pour que les participants les visionnent à leur convenance. Dans ce contexte, il est tout à fait possible d’effectuer des jeux de rôle.

En bref, le temps de la session est réservé aux interactions.

Des travaux intersessions sont effectués en individuel pour l’acquisition des connaissances et/ou en collaboratif (exercices sur les médias sociaux par exemple, au sein de groupes fermés). Mes étudiants de l’INALCO utilisent beaucoup Facebook à cet effet.

Autres avantages : il peut s’inscrire dans la durée et pour les apprenants il est plus facile de mobiliser une heure une à deux fois par semaine que 2 jours d’un bloc.

Le webinaire
C’est un séminaire sur le Web. Pour en savoir plus, vous pouvez vous référer à l’article Utilisez-vous la webconférence ? De manière optimale ? Plus proche de la conférence, il est ouvert à un grand nombre d’invités, la limite étant celle appliquée par le logiciel utilisé.

Il emploie souvent les mêmes outils que le webatelier, mais pour un plus grand nombre d’invités, il existe également des logiciels dédiés, comme GoToWebinar.

La plupart du temps, les participants sont sous silencieux, mais de temps à autre, ils peuvent poser des questions. Le webinaire peut-être dynamisé avec plusieurs présentateurs, qui alternent apports sous forme de dialogue.

Surtout théorique, il est idéal pour sensibiliser à un sujet. Ceci dit, il peut aussi susciter des témoignages.

Je finirai avec un dernier terme jargoneux : le Digital Learning. Il rassemble les catégories que je viens d’évoquer, incluant des temps en présentiel, pendant lesquels l’outil informatique et la connexion en ligne peuvent être utilisés. Ainsi, on pourra trouver des formations en face-à-face ayant recourt à des tablettes pour répondre à des quizz et marquer des points. On parle alors de présentiel digital.

Alors me direz-vous, quel est le rôle du formateur dans tout cela ?

A part dans l’e-learning traditionnel, il est bel et bien présent. Seulement son rôle a changé. Il ne se contente plus d’apporter son savoir, mais se place plutôt comme un facilitateur, un guide, un accompagnateur, un coach. On parle souvent de tuteur. Il laisse l’apprenant découvrir par lui-même et s’approprier les connaissances, les partager avec d’autres. Il rectifiera des erreurs si quelqu’un d’autre ne le fait pas rapidement, mais laissera les apprenants chercher eux-mêmes des réponses et des solutions.

Ceci implique non seulement la maîtrise des outils multimédias, mais surtout de cette approche pédagogique spécifique. Il existe pour cela des formations de formateurs et des formations de tuteur.

Pour conclure, l’e-learning 2.0 (e-learning + social learning) permet d’aller au-delà des limites imposées par l’e-learning d’origine. Toutes ces formations à distance sont parfaites pour les équipes virtuelles.

En tous cas, mon expérience en entreprise, en université et en MBA m’en a montré la puissance. Chacun apprend à son rythme, d’abord seul, puis avec les autres et apporte à son tour aux autres, grâce au collectif.

Bien sûr, il faudra toujours des modérateurs et des tuteurs pour accompagner et faire vivre ces espaces d’apprentissage. Mais ce n’est pas la fin de notre métier de formateur, c’est une évolution. Il sera toujours nécessaire de se rencontrer en face à face. Le temps consacré à distance aux apprentissages théoriques libère du temps pour développer les relations humaines et partager des émotions. La dimension symbolique du regroupement des personnes, occasionné par une formation présentielle, reste fondamentale. Pour les équipes virtuelles, c’est l’occasion de se retrouver et de renforcer la cohésion.

photo sous licence creative commons – auteur : IngoBernhardt

2 réflexions au sujet de « Apprendre et former à distance »

  1. Olivier Warnery

    Bonjour Corinne,

    Merci pour vos news.

    Depuis nos derniers échanges nous avons recruté un professeur à Calcutta : vous évoquiez à juste titre qu’un professeur à l’accent pur britannique n’est pas l’idéal pour se former au « global English ».

    Au plaisir de mieux faire connaissance,

    Olivier

    Olivier Warnery
    Responsable bureau France
    ALFIA Languages – Que l’anglais coule de source
    Tel: +33 1 84 18 01 71 – olivier.warnery@alfia.biz
    http://www.alfia.biz & http://www.anglaisparvisio.com

    Répondre
    1. Corinne Mahaut Auteur de l’article

      Bonjour Olivier,

      Merci de ces nouvelles également. Je ne peux qu’applaudir votre choix.

      A bientôt

      Corinne

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *