Participer activement à une réunion à distance en anglais

Dico EN-JP-FRPour beaucoup, intégrer une réunion à distance représente un véritable défi. Ajoutez l’obstacle de la langue véhiculaire, et vous obtenez inefficacité, découragement et absentéisme. Comment remédier à cette situation ?

Toute entreprise implantée à l’international utilise les réunions à distance au quotidien. Que ce soient les audioconférences*, les webconférences* ou plus rarement les visioconférences*, la majorité des salariés y prennent part et sont amenés à en animer. Or la plupart du temps, ils n’y sont pas formés.

Constat

J’ai déjà abordé le sujet sous un angle général, dans mon article Réussir vos réunions à distance : mémo. Ceci étant dit, plus je pratique l’accompagnement et la formation de personnes qui travaillent sous cette forme, plus je me rends compte que l’enjeu majeur est celui de la langue. Cet aspect a déjà été mentionné dans un autre article, L’anglais, langue véhiculaire des équipes virtuelles. English or Globish? mais je souhaiterais le développer tant il est préoccupant.

Pour beaucoup, cette situation provient d’un « niveau » d’anglais insuffisant. Pour prendre l’exemple de la France, où je suis amenée à intervenir le plus comme conseil, le système éducatif est pour grande partie responsable de cette situation. Aujourd’hui encore, on enseigne les langues vivantes comme on enseigne le latin : l’écrit prime. Je n’entrerai pas dans les détails historiques, quoique forts intéressants, et resterai sur le côté pratique : peu de moyens sont mis à disposition pour développer les compétences en conversation. Certes, les laboratoires de langue se développent, mais où sont les interactions de la vie réelle ? La compréhension orale de textes formatés ne suffit pas. Quid de l’expression orale ? Et qu’en est-il de la capacité à défendre une opinion et à entendre celle des autres ?

Il n’est déjà pas facile de s’intégrer dans une conversation de groupe avec une autre langue que la sienne. Je n’oublierai jamais mes premières tentatives estudiantines dans les Kneipen de Bonn, au milieu du brouhaha et de la musique en fond sonore. Heureusement, la Kölsch, bière locale, faisait tomber les inhibitions et déliait la langue ! Ceci m’amène à évoquer un second point préoccupant : la peur de se rendre ridicule aux yeux des autres, de faire des « fautes » et de montrer un accent grotesque.

Marqués par une éducation scolaire le plus souvent répressive, dans laquelle le droit à l’erreur n’existe pas, la plupart de mes compatriotes sont obnubilés par cette crainte. Je les comprends très bien, pour l’avoir ressentie pendant longtemps, avec en plus mon exigence linguistique de traductrice. Or j’ai remarqué que c’était le cas surtout en présence d’autres français. Beaucoup dirons : il est plus facile de parler l’anglais avec une personne dont ce n’est pas non plus la langue maternelle. Ceci peut faire tomber une partie du blocage, avec l’impression d’être sur un même plan, mais cela n’explique pas tout.

Le rapport culturel à la langue et à l’exposition au regard de l’autre sont toujours présents. Autre anecdote : il y a quelques années, sur un salon en région parisienne, je rencontre et tiens une agréable conversation avec un commercial indien dans un anglais professionnel, avec aisance et simplicité. Arrivent alors ses supérieurs français, et je sens passer comme un froid glacial. La conversation perd de sa fluidité, nous sentons le regard scrutateur des deux Français. Il en faut alors plus pour m’interrompre, et nous poursuivons la conversation, mais je ressens tout de même une cassure dans notre enthousiasme d’origine.

Nous ne pouvons plus nous permettre ce nombrilisme. Les formations en anglais en France parodient encore souvent l’école et sa fameuse « étude de texte« , même si les cours (sic) de conversation téléphonique fleurissent. C’est déjà un progrès, mais cela n’expose pas suffisamment aux situations réelles, avec de multiples interlocuteurs à la fois et toutes les contraintes liées à une réunion.

Ensuite, il faut prendre en compte les obstacles de la réunion virtuelle : peur et maîtrise insuffisante de la technologie, son médiocre, brouhaha.

Les solutions sont pourtant simples

Bien sûr, tout commence par des formations en anglais, mais pas exclusivement avec des natifs. Souvent encore, le critère de choix exclusif d’un formateur est qu’il soit de langue maternelle anglaise, par souci d’une grammaire parfaite, et l’on peut croiser des « formateurs natifs » sans expérience pédagogique. Je ne voudrais pas déprécier mes collègues britanniques ou américains, parmi lesquels figurent d’excellents pédagogues. Je citerai par exemple une partenaire, qui travaille non seulement sur la langue, mais aussi sur la confiance en soi, pour lever les inhibitions. Et il ne faut pas oublier parmi les natifs les Anglais du Nord, les Ecossais, les Gallois, les Irlandais, Australiens, Canadiens, voire les Indiens, qui pour beaucoup, dans le milieu des affaires, parlent anglais depuis leur plus tendre enfance.

Je propose pour ma part de travailler sur le véritable format d’une simulation de réunion téléphonique, pour confronter à l’environnement réel, mais dans une atmosphère ludique et dans la bienveillance. J’anime ces formations partiellement en présentiel et partiellement à distance, pour reproduire les réunions semi-virtuelles (voir mon offre sur la page Prestations). Plus la réunion rassemble de nationalités, plus elle approche la réalité, mais il est aussi fort intéressant de travailler avec des personnes dont c’est la langue maternelle, qui présentent divers accents et utilisent leurs idiomatismes propres, lorsqu’elles proviennent de différents pays. L’anglais d’Oxford vous sera d’un mince secours si votre entreprise a une filiale à Dallas, Chenai ou Pékin.

J’ai entendu, lors d’une formation, une participante dire « En réunion téléphonique, les Américains ne font pas d’effort pour se faire comprendre ». Or il ne s’agit pas de mauvaise volonté, mais de méconnaissance. Il est important de sensibiliser à ce qu’est parler une autre langue que la sienne. N’oublions pas que dans certains états, aux Etats-Unis, il n’est pas obligatoire d’apprendre une langue étrangère au cours de sa scolarité. Une personne qui n’a jamais appris de langue étrangère ne peut se mettre dans la situation de celui qui ne la comprend pas, puisqu’elle ne l’a jamais vécue. Elle n’est pas en mesure de se décentrer.

Pour revenir à cette anecdote, j’ai alors demandé à ce participant : « Et que faites-vous pour qu’ils se fassent comprendre ? ». Il m’a rétorqué « Je leur demande de répéter, mais ils répètent mot pour mot, alors je suis bien avancé ». « Et n’avez-vous pas essayé de demander « Pouvez-vous réexpliquer avec d’autres mots ? » ai-je proposé. « Je n’y avais pas pensé » a-il répondu, apparemment éberlué.

Ceci nous amène à une méthodologie très simple d’utilisation, à laquelle ont souvent recours les commerciaux : l’écoute active. En reformulant les propos de son interlocuteur, pour récapituler et vérifier que l’on a bien compris, on peut lui faire réexpliquer en cas de malentendu. De l’autre côté, il est possible de vérifier la compréhension de ses propos en posant des questions ouvertes. Si vous demandez à un collègue japonais « Avez-vous compris ? ou « C’est clair pour vous ? « , il vous répondra « Oui », mais vous n’en serez pas si sûr.  » Lui poser une question commençant par Qui, Quoi, Où, Quand, Combien, Pourquoi  » (le fameux QQOQCP) vous donnera toutes les informations sur sa compréhension de vos propos.

Bien entendu, n’oublions pas les autres aspects :
technique (qualité sonore médiocre)
– rapport à la prise de parole (brouhaha lorsque la parole est coupée)
Ces points sont développés dans l’autre article de ce blog mentionné ci-dessus, Réussir vos réunions à distance : mémo, avec des recommandations aisées à mettre en oeuvre.

Pour récapituler en quelques mots, il est nécessaire de sensibiliser tous les participants et organisateurs de réunions aux obstacles linguistiques et préconisations pour y remédier, au respect de la parole et à l’écoute active et bienveillante. Ceci est valable plus particulièrement lorsque la majorité des participants est réunie dans une même salle et a fortiori si l’anglais est leur langue maternelle.

*Pour une typologie de ces réunions, voir également l’article Réussir vos réunions à distance : mémo

photos sous licence creative commons – auteur : torisan3500 et banlon1964

4 réflexions au sujet de « Participer activement à une réunion à distance en anglais »

  1. James Dillon

    Merci, Corinne de l’excellent résumé de tous les entraves à la communication en anglais — dont 90% des personnes dans le monde qui s’en servent l’ont appris comme deuxième langue. Le QQOQCP, bien sûr! ou bien tout simplement dire « Par exemple? » pour cadrer un message difficile à interpréter, qui incite l’interlocuteur à fournir davantage de contexte et de détails pratico-pratiques.

    Tout ce vous dites sur les anglo-saxons qui n’ont pas conscience de la difficulté de compréhension s’avère juste. Néanmoins lors de mes études en bon américain, j’ai été obligé d’apprendre une langue étrangère pour accéder aux études supérieures et obtenir mon diplôme. Cela dit, nous sommes très peu doués et d’une façon générale nous donnons relativement peu d’importance aux langues étrangères. Deux choses qui feront évoluer les américains: dans les années à venir l’essor de l’espagnol et l’importance de la communauté asiatique (25% des élèves qui entrent au MIT sont d’origine asiatique).

    Tous mes encouragements, Corinne pour ces billets qui défrichent le travail et la communication à distance.

    James Dillon, http://www.emergingstep.com

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  2. COURSIER

    Je suis tout à fait d’accord avec Corinne sur le point « formations en anglais, mais pas exclusivement avec des natifs. » Dans le contexte professionnel, l’accent « natifs » peut-être ne pas facile à comprendre non plus.

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    1. Corinne Mahaut Auteur de l’article

      Merci pour ce retour, Alcuin. Ceci dit, il me semble qu’exposer les apprenants à différents accents en anglais permet de les confronter à des situations de leur quotidien professionnel. Ce qui me semble réducteur, c’est de sélectionner les formateurs seulement sur le critère de leur langue maternelle, sans tenir compte des compétences pédagogiques. Je parle ici de formations à l’anglais oral. Pour ce qui est de l’écrit, je prônerais de choisir des anglophones. Venant moi-même de la traduction, j’ai pu constater à maintes reprises que même avec des années d’expérience de vie dans un pays dont on « maîtrise » la langue, l’écrit garde en grande majorité la trace de la langue d’origine de l’auteur.

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